Ni vu, ni connu. En changeant deux petites lettres dans le titre, je vais enfin pouvoir m'envoler vers de nouveaux rivages. Fini WinZone, bonjour WebZone. Ca fait pile dix ans, ce mois-ci, que je travaille avec Windows. Ca commence à bien faire. Je ne vais plus pouvoir m'extasier longtemps sur une nouvelle boîte de dialogue, un nouveau custom control. Et les versions betas dont je raffolais, maintenant qu'il y en une bonne centaine avant chaque version finale, je les vois arriver avec baillement. Il faudra plus de deux ans minimum avant que Microsoft ne sorte une nouvelle version avec de réelles nouveautés, de réelles percées dans la voie d'Object File Systems, d'OS distribué ou que sais-je. D'ici là, il n'y aura plus que le Web pour m'offrir quelqu'excitation, quelques poussées d'adrénaline.
Ce qui m'emballe, c'est la technologie qui soustend le Web bien sûr, pas ses contenus. N'allez pas vous imaginer que je passe mon temps à y contempler le chat de Bill Clinton ou même à y travailler.
Je me contente d'essayer de régler des problèmes que je n'aurais pas si je n'étais pas connecté. Et d'ingurgiter des brouettes de documentation sur les routeurs, les firewalls, les serveurs proxy, Java, Perl, la programmation CGI, MIME, HTTP, le routage. Un manuel, une doc sont à peine refermés qu'ils sont périmés, qu'il faut dare-dare plonger sur la mise à jour, sauter sur la version suivante. Mes journées, mes nuits se résument à installer un Netscape 2.0b2 après la 2.0b1, la 1.22b, la 1.2, la 1.1N. A y ajouter des scripts, à découvrir les frames, à compléter par des plugins VRML. Le tout dans des conditions précaires. Netscape qui se plante aux trois quarts d'un transfert de 5 MB, le modem du provider qui s'écarte de la norme V34 et qui vous lâche en plein milieu d'une session, les sites FTP qui vous annoncent "too many anonymous users" ou les lignes saturées.
J'ai compris pourquoi on parle d'autoroutes de l'information, c'est en hommage aux bouchons de Bertem ou des Quatre-Bras à 8 heures du matin. Il n'y a plus qu'entre 3 et 6 heures du matin qu'on peut avancer, entre le coucher des Ricains et le lever des Européens. On tient jusque là à coup de cigarettes et de café (saveur Java bien sûr) et on se réveille à 8-9 heures au premier coup de téléphone du lecteur qui vous demande le numéro de téléphone d'Internet. Ca vous donne un teint cireux entre le gris et le jaune, pas vraiment le look sportif et bronzé du surfer de la pub ou d'un conquérant du cybermonde !
Quant aux Internet Providers, ils aiment tellement la métaphore des autoroutes qu'ils ont réinventé Bison Futé. Pour faire un petit Telnet depuis mon labo à Liège jusqu'au bureau à Zaventem, je dois emprunter l'itinéraire de déviation Liège - Bruxelles - Los Angeles - Dallas -Washington - Amsterdam - Louvain - Zaventem. Ils devraient éclairer Internet la nuit tant qu'ils y sont !
L'email par contre, ca marche bien. Vous en avez pour deux heures tous les matins à lire les messages
Ca a tellement de succès que quand vous envoyez un mail à Vinton Cerf, le papa d'Internet, un robot vous envoie une réponse vous priant de téléphoner à sa secrétaire car sa boîte aux lettres frise l'overdose.
On rencontre de plus en plus de gens intéressants sur Internet. J'ai croisé la semaine dernière un gars qui voulait un accès à Internet car il avait une révélation à confier à Bill Gates : son manuscrit de Leonard de Vinci contiendrait une porte secrète vers l'invisible.
L'économie aussi marche bien. Pour les providers du Benelux qui offrent des lignes 128 kbps au prix d'une liaison 45 Mbps aux USA. Pour Belgacom - je vous parlerai une autre fois du gars de la téléboutique Belgacom qui m'a appris qu'IRC veut dire Internet Rate Charge :-). Pour les auteurs de livres sur Internet ( quand vous demandez son adresse email à Dominique Nora, auteur d'un best-seller, elle vous suggère de la rappeler au bureau car elle a oublié son adresse ). Pour les services providers qui abritent votre carte de visite à 10000 FB par mois. Pour Microsoft qui va bientôt sortir le premier serveur Web non compatible HTML. Pour Netscape enfin qui se dit intéressé par le rachat de Word Perfect. (Chouette, si ca se fait, on devra bientôt taper F7 pour sortir de Netscape qui vous demandera si vous êtes vraiment vraiment sûr de vouloir quitter le programme). Beau voyage de NOS en perspective !
Ceci dit, Internet, j'adore parce que ca vit, ca bouge. Je vous donne vite quelques informations sur les projets Microsoft baptisés Gibraltar, Catapult et Merchant, car la semaine prochaine, je devrai signer un NDA et n'aurai plus le droit d'en parler. Gibraltar, c'est le serveur Web que Microsoft sortira dès le début 1996. Il sera accompagné d'un outil de création de pages Web inspiré de l'outil BlackBird utilisé actuellement pour la réalisation de documents pour Microsoft Network. S'y ajouteront Merchant, la version sécurisée pour le commerce électronique et Catapult, un Internet gateway server tournant sous NT et qui grâce à la conversion de protocoles permettra des accès Internet à partir de réseaux SNA, IPX, AppleTalk, Vines. Catapult contiendra des fonctions d'encryption, de firewall, de réseaux virtuels privés, permetra le transfert de documents cryptés à la norme SSL et PCT. Au même moment, Microsoft commence à distiller au compte-goutte, son outil Savile, un ensemble d'outil orienté commerce électronique incluant une série de librairies et d'objets OCX, utilisables en C, Delphi ou Visual Basic, pour la réalisation de bons de commandes ou de transactions commerciales en ligne. Microsoft est en train de travailler d'arrache pied pour contrer l'offensive Java et proposer des solutions alternatives. Il est question d'une série d'OCX bientôt disponibles qui reconnaîtrait le format HTML et offrirait des fonctionnalités script via Visual Basic for Applications.
Dernière chose, Microsoft s'intéresse à la technologie Intercast. L'Intercast Industry Group, réunissant Intel, NBC, America Online Inc., CNN Interactive, Comcast Corp., En Technology Corp., Gateway 2000, Netscape Communications Corp., Packard Bell, QVC Inc. et Viacom, a défini une nouvelle norme permettant d'injecter des pages World Wide Web d'Internet dans le VBI (vertical blanking interval) d'un signal TV. Un PC connecté au cable par un tuner bon marché devient alors capable d'afficher simultanément une image TV analogique et d'accéder à toute la richesse d'Internet. Intel a même l'intention de livrer fin 1996 des PC directement dotés de cet équipement.