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Internet : bientôt les tickets de rationnement

Je vous sais, chers lecteurs, très civiques. L'été, vous évitez de laver votre voiture ou d'arroser le jardin quand l'eau se met à manquer. Au volant, vous restez sur la bande de droite pour libérer la route aux gens pressés.

Sur Internet, pourtant, vous montrez un tout autre visage. Vous êtes dispendieux et n'hésitez pas à bouffer de la bande passante pour regarder un clip des Stones, une BD de Dilbert ou jouer un jeu de rôle VRML. Vous êtes des milliers tous les soirs à vous divertir sur Internet,
à l'appréhender plus comme distraction que comme outil professionnel. Tous les soirs à 19 heures, dès que les tarifs téléphoniques réduits sont d'application, Internet se transforme en veau, croule sous le poids des utilisateurs. Quel que soit votre provider, quelle que soit votre installation, Internet se traîne et sature. 

Parce que vous en abusez.. "Désolé, trop d'utilisateurs déjà connecté", "Please wait".
L'overdose. Imaginez deux mille gars de Gent ou Liège reliés au reste du monde par 128 ou 512 pelés kilobits. Deux mille clients à qui les providers Internet ne peuvent offrir davantage sans investissemet prohibitif. Amortir des lignes de plusieurs megabits seules à même de couvrir les besoins d'une grande ville ou d'une région n'est pas encore rentable. Profitant de ses deux dernières années de monopole, Belgacom "consolide" avant tout son portefeuille.

Une liaison téléphonique en 28.8 ? Trop lent. Une ligne ISDN ? Trop cher. Une ligne digitale ? Encore plus exhorbitant. Et que dire des 300000 $ de coûts mensuels d'une liaison internationale à 34 Mbps ?

Tout cela rend impossible une véritable démocratisation, un essor ou un envol d'Internet.

Nous sommes donc condamnés pour quelques années encore à économiser Internet comme nous économisons l'énergie. A signer une sorte de moratoire où nous nous engageons à ne plus regarder des videos sur www.vdolive.com, à ne plus écouter la radio US en direct sur http://www.netradio.net, à ne plus monopoliser la bande passante. Adopter une attitude responsable qui nous permette de partager cette bande passante entre le plus grand nombre. Pour que les scientifiques et les chercheurs puissent encore utiliser ce merveilleux outil qu'est
le Web sans être pénalisés par nos abus puérils.

Car il faudra encore du temps avant que la fibre optique ne courre sous nos trottoirs, que le câble TV ne relaie des informations data à haut débit, que l'ATM ne devienne autre chose qu'un sujet de conférence. Si j'étais économiste, je vous déclarerais pompeusement que le capital économique d'un pays se mesurera bientôt à l'étendue de sa bande passante. A nous de ne pas gaspiller ce capital.

Les journaux adorent s'attarder sur la santé du portefeuille de Bill Gates. Ils ne tarderont pas à s'émerveiller de la sorte de la santé financière de Cisco. Cisco vient de signer un premier accord avec Netscape pour livrer le Navigator Netscape avec ses passerelles Internet Junction. Un
second accord, bien plus capital, le lie désormais à Terayon, un fabricant d'équipement cable TV digitale. Cela veut dire que Cisco est prêt à se positionner sur ce juteux segment du transport de la voix et des données à haut débit sur le cable. Bien avant que Telenet Vlanderen ou Titan ne passent à une phase d'exploitation, bien avant que l'Europe ne libéralise tous ces types de
service, Cisco nous prépare la quincaillerie de demain. Cisco collabore avec Zenith pour la création de routeurs et cable modems pour systèmes hybrides fibre/coax, s'allie avec Time Warner et Toshiba pour injecter sur le cable TV de San Diego des données à haut débit. Bref, Cisco est bien placé pour nous faire oublier à jamais cette pénurie de bande passante. Intel, Digital, Motorola mettent, eux aussi, la dernière touche à des cables modems qui supporteront des débits de 10 Mbits sur le cable de la télédistribution. 10 Mbits, c'est tout ce qu'il faut à Monsieur Tout le Monde pour télécharger des images coquines, admirer des clips online, téléphoner à l'oeil avec CyberPhone. Le plus dur ne sera pas de réaliser ce saut technologique mais de convaincre notre vieille Europe d'adopter ce nouvel accès démocratique à Internet. Avec nos mentalités Européennes, le débat sera encommissionné et butera sur des législations vieillottes. Les cablo opérateurs frileux n'oseront pas, sans plan d'affaires, sans études de marché, se lancer dans une technologie qu'ils découvrent seulement. Au mieux, le cable TV nous offrira les mêmes programmes
"Tien om te zien" ou "Brosse à dents" qui glisseront de l'analogique au digital sans que les téléspectateurs n'en relèvent l'intérêt. Au mieux, vous pourrez en guise de canal interactif pressez le 1 sur votre combiné téléphonique pour visualiser le Journal Télévisé. Mais pour un vrai accès Internet, en mode symétrique, vous devrez encore attendre que les cabloopérateurs en voient l'intérêt, fassent l'acquisition de nouveaux amplificateurs et rénovent leur réseau. Cela posera de nouveaux problèmes de compétences entre le gouvernement fédéral et les Communautés ainsi que de nouvelles rixes entre Belgacom et les télédistributeurs. Le fossé s'élargira encore un peu plus entre l'ancien et le nouveau monde.

Peu de nouvelles à part çà sur le front Internet si ce n'est Microsoft qui rattrape un peu son retard.

Microsoft lance ce mois la version beta de son produit Internet Studio, le nom final du déjà célèbre
Blackbird, l'outil de création de documents pour le Web et Microsoft Network. Internet Studio gérera la création de pages complexes incluant animations d'objets , sons et séquences video plus des modules répondant à la norme OLE. Le produit sortira d'abord en version Microsoft Network dès ce trimestre avant une version Web pévue cette année.

Dans le courant de février, il faudra aussi compter avec deux nouveaux programmes assistants se chargeant de la conversion de fichiers Excel ou PowerPoint en documents HTML. Sans oublier
le rachat de Vermeer Technologies et son logiciel auteur FrontPage.

Pour l'instant, il est question chez Microsoft d'intégrer carrément leur futur Internet Server HTTP à Windows NT 4.0. Ce qui est plus certain pour NT 4.0, c'est l'intégration d'un nouvel API, baptisé CryptoAPI, permettant de réaliser des transactions réellement sécurisées.

Un premier outil firewall vient de voir le jour pour Windows NT. Raptor's Eagle gère les contrôles d'accès, offfre des méthodes renforcées d'authentification ou d'encryption et la détection d'activités suspectes. Toute la sécrurité d'un site ou d'un réseau peut être administrée au départ d'une simple
station de travail. Raptor apporte aussi à Windows NT une autre technologie intéressante avec son concept de Virtual Private Networking qui permet de créer des réseaux virtuels d'entreprise en utilisant des "tunnels" encryptés sur Internet pour des coûts bien moindres que par lignes louées.